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Le ressenti

12/02/2012 12:09

Avec la nouvelle vague de froid je note que la tournure « le ressenti »  revient fortement à la mode par ces temps de froidure. J'avais déjà remarqué  en 2005, et pour la première fois « le prononcé » employé pour « l’énoncé », et je pense qu’on a affaire avec une mode qui a commencé avec « le vécu », traduction de l’allemand « Erlebnis », s’est poursuivie avec « le ressenti » ou « le perçu », où le participe passé est employé à la place d’un substantif ou une complétive (« ce que l’on vit »...) ; en météo, le « ressenti » pour la température se distingue du relevé. J’ai même entendu « le calculé » 12.05, et je lis sous la plume d’un magistrat « le prononcé (d’un jugement) » (bulletin de la PU mai-juin 06). Autre nouvelleté entendue à la radio : «  le déroulé des débats.» pour « le déroulement ». 11.06. J’entends un journaliste parler du « déroulé de votre vie » à l’un de ses interlocuteurs. 09.07. Et aujourd’hui (4.07.08) « le déroulé de la course ». Le directeur du Nouvel-Obs écrit (10.08) : « Nous allons rafraîchir le déroulé du journal. » peut-être veut-il dire qu’il va modifier sa présentation…
            « Le ressenti » prend sa place dans la langue des journalistes ainsi que je le relève dans le Nouvel-Obs du 11.05.09 : « … finit-il par lâcher pour expliquer son ressenti » c'est-à-dire son sentiment, c'est-à-dire son point de vue, son avis ( et non son affectivité.). Le « ressenti » marque  l‘attribution que l’on donne au « corporel » au lieu du « spirituel » qu’implique l’« intuition ».
           

Exploser

01/02/2012 09:45

 Quand j’entends, à la télé, que le « flot a explosé le revêtement de la rue », ou que « X ne court pas son cheval », j’en suis réduit à penser que l’auxiliaire « faire », dans des expressions comme « faire éclater », « faire exploser », « faire courir »... est en voie d’occultation. 08.97. Un chef d’établissement déclare devant moi qu’il « rentre des élèves », voulant dire qu’il les « fait entrer » dans son établissement, qu’il les inscrit, et un autre : « On a bougé les choses. ».11.97, « il faut bouger les gens » (radio, 05.99). Le Parti communiste lance sa campagne électorale par un « Bouge l’Europe ! » que j’entends comme une invite à faire évoluer le concept politique de l’Europe (05.99). « Il faut que nos adversaires nous bougent » déclare un footballeur. (radio 10.01). Un journaliste annonce que « Saddam Hussein a rentré plusieurs millions de dollars... ». La modification de la construction qui entraîne une modification de rection, - « exploser » devenant transitif et de plus transitif direct -, apparaît nettement dans la tournure passive : « Des caravanes ont été explosées » déclare le témoin d’un ouragan devant les caméras. 12.97. Et je lis dans Le Monde du 12.05.98 : « Une grenade partit exploser les vitres. ». Il en est de même pour « sortir » qui, devenu l’équivalent sémantique de « publier », semble avoir acquis un statut de verbe transitif : on sort un nouveau journal, un nouvel album, un projet, un disque, un livre, un décret, etc... Evolution qui est une dérive de l’expression « vient de sortir » et marque le « up to date » de naguère. « Ça vient de sortir ! » est, depuis peu, une expression populaire pour dire « C’est tout nouveau ». 02.98. Dans le langage sportif une équipe en sort une autre quand elle l’a battue ; sans doute faut-il entendre qu’elle la fait sortir de la compétition, et dès lors on peut dire que la vaincue a été sortie. Ou bien on la « fait sortir ». Ou encore « elle a été sortie » ! De même pour « bouger » qui devient transitif dans ce propos entendu à la radio : « Les tombes ne doivent pas être bougées ». 17.11.01.
            Cette tendance à transformer en transitifs directs des verbes qui ont une rection d’intransitifs semble s’étendre si j’en crois le langage des médias audiovisuels : « Personne n’a pénétré le studio » dit, ce matin, une journaliste qui parle « branché ». 05.99. Le phénomène aurait-il une origine anglo-américaine ? Je crois avoir lu dans une manchette d’un journal américain d’il y a cinquante ans, et présenté rapidement sur l’écran de la télé : « The Reds exploded the bomb ». Et la correspondante à Londres d’Europe 1 déclare ce matin que les forces de police « patrouillent les rues ». 9.10.01. Autre exemple entendu au bulletin d’information d’Europe 1 : « La France démarre mal l’année ». 3.01.03.
            Même remarque à propos de « passer » : on « passe un message », on « passe le bonjour à », quand, naguère, on les « faisait passer » ou on les « transmettait », ou les « donnait ». 12.00. Idem pour « écrouler » si j’en crois cette information matinale : « Les banques américaines écroulent les taux d’intérêt. » 11.02 Et, plus curieux encore ce propos entendu à la radio, ce matin, 27.04.05 : « (Les pilotes) décolleront l’avion… ».
            Nouveauté encore (11.05) : je note l’emploi d’«abouti » comme participe transitif au sens de « réussi », « achevé »,  comme dans « tel film est plus abouti que tel autre » entendu sur Europe 1, ce 2 décembre 2005.

Sur (comme préfixe)

21/01/2012 12:28


            En entendant un journaliste prétendre qu’« en surréagissant à un mot » la Bourse s’est effondrée hier, je note que « sur-»  est un préverbe à la mode qui donne nombre de néologismes où il note une exagération qui connote une condamnation. Au départ, et dès le moyen-âge, il notait un ajout, un superlatif, sans nécessaire connotation péjorative comme dans « surabondance » au XIVème siècle, « surcharge », « surestimer » au XVIème et XVIIème siècles, « surexploiter » au début du XXème. La connotation devient actuellement nettement péjorative : « surréagissant » insiste sur le trop, le mal. « Sur-» tend à exprimer l’outre mesure comme dans le « surendettement » qui est daté des années 80. Le « surencombrement des tribunaux » ne serait-il pas pléonastique ? 02.04. Et quant à la « surmortalité » constatée l’été dernier c’est, en sourdine, accuser la carence hospitalière, car on n’a pas constaté de « sousmortalité » dans les mois suivants (radio, 20.02.04). Appréciation justifiée par l’emploi dans le même bulletin d’information par la « surmortalité des abeilles » attribuée à un insecticide. L’aspect euphémique apparaît dans « surpoids » dit pour « obésité ». Mais je me demande ce que peut être une « surconscience linguistique » dont parle une universitaire québécoise (le Monde 14.03.04). Et pourquoi dire, comme le médecin que j’entends ce matin (16.05.04) à la radio, que des patients « surréagissent » au lieu de « réagisssent davantage » ou « plus vite » ? Ou parler de « portions surdimensionnées » (Le Monde, 21.05.04) au lieu de « portions trop grosses » ou « trop abondantes » ? Je tends à penser, là encore, à une influence de l’anglais qui connaît bien ce préfixe « over »  comme dans « overfeed ». Je suppose que l’origine de cette intrusion pourrait venir de la transcription de l’anglais « overdose » passé en françias sous la forme « surdose » (« Surdosage » est daté de 1965, « surdose » de 1985 par Le Petit Robert). Et preuve de la fécondité vivante de ce suffixe, cette occurrence relevée dans le Nouvel-Obs du 24.06.04 : « On trouvera peut-être qu’il surjoue le personnage de bon père-bon époux... ». (Quand un responsable du P.S. dit d’un de ses camarades  qu’il « est comme des grands acteurs ; parfois il surjoue » (Le Monde du 22/23.08.04), il s’agit bien d’une critique !). Cette autre dans Le Monde du 13.08.04 : « L’institution éducative a surréagi dans cette affaire » pour « a réagi de façon exagérée ou inappropriée ». Et dans Libé (4.11.04) au sujet de W.Bush : « Une image de simplicité surjouée ». J’entends le lendemain qu’une étude vient d’être rendue publique à propos des « surprescriptions » médicales où le préverbe s’entend bien comme exprimant un abus. Une note de la Société générale annonce un « objectif de sur-performer un indice de référence » ! (11.04) On vient d’inventer un appareil destiné à donner une « alerte de survitesse » aux motos (pour « vitesse excessive »). Un mot très à la mode « être surbooké » signifie « être surmené ». 07.05. Un auditeur, sur Europe 1, parlait, ce matin (7.08.05) de « lagunes sursalées » qui hébergent des flamands roses. Dans le Nouvel-Obs du 11 août 2005, ce titre étonnant « Gare à la surpêche ». Mais je trouve avec surprise dans un texte de W.Jankélévitch qui pourrait avoir cinquante ans « l’avantage de la surconscience » et « sur-appréciation » (sic). Ce matin, 19 août 2005, j’entends à la radio une information parlant de « chercheurs surdiplômés ». Et aujourd’hui, 17 septembre 2005 de « surprofits » des pétroliers : péjoratifs ou mélioratif ? Le bulletin de la Prévention routière de septembre 2005 annonce qu’il convient de chercher à « comprendre le sur-risque » que représentent « les 15-24 ans dramatiquement sur-représentés dans les accidents de la circulation. »  Et voici que Le Monde (25.10.05) nous parle d’un « dispositif de surlogement » dans les HLM !? Il s’agit d’un « supplément de loyer ». De son côté, une historienne, dans un « docu » télévisuel nous apprend que les paysans ont été « surmobilisés » en 1914 par rapport à l’ensemble de la population française. 7.11.05. Et je lis dans La Vie (janvier 2005) que les Bretons « ont surinvesti l’école » que je crois comprendre comme « ils ont donné une importance exagérée à… » Et ce matin (7.04.06) j’entends parler à la radio de « surconsommation » d’essence entraînant des « surcoûts » dommageables. On dit que certains poissons « sont surpêchés » (télé,10.10.06) et qu’il ne faut pas les « faire surcuire » (télé, 31.07.11) ou « les surcuire » (ibid°) 14.08.11)
            La fécondité de ce préfixe continue. Je lis dans Le Nouvel Observateur  (22/28.11.07) : « Ils donnent l’impression de surjouer leur révolte ». Le lot est à la mode : on parle de candidats politiques rivaux  qui « surjouent l’unité »  ou « l’apaisementt » 08.11.  On entend même « surpayer » pour « payer trop cher ». 02.09. Et voici qu’un coureur automobile a eu un accident pour avoir « surcouru » dans un virage ! Radio, 6.07.08. Que veut dire le journaliste qui évoque la « crainte d’une suravalanche » ? une nouvelle ou une exceptionnelle ? 08.08 Un responsable hospitalier déclare que les actes médicaux sont « survérifiés » ! 01.09. Et j’entends parler de « surconfiance » pour « confiance inconsidérée ». Europe 1, 30.10.09. Et je lis dans le supplément du Nouvel Obs (13/20.11.09) « le documentaire surutilise ces artifices. » Encore sur Europe 1 on parle d’un emprunt qui a été « sursouscrit ». 28.11.09.
             Et plus innovant, j’entends annoncer un « suraccident » routier… 03.09.
Le « surendettement » est un terme passé dans le parler officiel depuis une vingtaine d’années, mais j’entends ce matin (21.10.05) un avocat le doubler par « mal-endettement » qui est une autre novation préfixale introduite par « le mal-vivre » (inconnu du Petit Robert de 93) et, plus récemment par « mal-logement », dérivé de « mal-logé », sur le modèle de la « mal-bouffe » qui, lui, n’est pas greffé sur « mal-nourri ».

Voilà, En fait

20/01/2012 12:08

 

          Deux « ponctuations » orales de plus en plus fréquentes qui tendent à polluer le discours : « voilà » « en fait » qui interviennent sans signification particulière, alors que « eh bien », fréquent aussi à l’oral est plutôt équivalent à des points de suspension. Sans oublier le « hein » qui joue le même rôle de suspension du discours mais semble moins fréquent. Pas impossible que « en fait » soit un anglicisme pour « in fact »…
            « En fait » (prononcé comme « en fête ») envahit le discours oral au point d’être présent dans les moindres phrases comme dans ce propos d’un candidat à un jeu télévisé : « On vient de Rennes en fait » ! 03.10. Ou encore cette déclaration « officielle » d’une otage libérée : « Je pense aussi en fait aux Iraniens ». 17.05.10.  Il rivalise avec « voilà » comme bouche-trou de l’élocution bavarde ; j’en relève quelquefois plusieurs dans la même phrase. Et souvent en début de phrase, à la façon d’une ponctuation. On entend de plus en plus dans un entretien des réponses à des questions, commencer par « en fait ».
 

Media, Médiatique

19/01/2012 12:00

           Je notais à la date du 20.01.83 ce qui me paraissait un néologisme récent, l’adjectif « médiatique » pour désigner ce qui avait trait aux « médias », et plus généralement à ce « faire voir » de la communication moderne. Le Robert date effectivement de 1983 l’apparition du terme.
            « Média », abréviation de l’américain « mass media », s’est introduit en français dans les années 60. On a essayé de l’acclimater en lui donnant une forme singulière « medium » (comme on a ‘album’ ou ‘sternum’) et une plurielle « mediums » ; ça n’a pas pris, à cause sans doute de l’existence du « médium » qui désigne, depuis plus d’un siècle, « une personne réputée douée du pouvoir de communiquer avec les esprits » (Robert). On hésite encore à écrire « médias ». 05.95.

 

          Depuis cette époque, Medias, médiatique ont une fréquence élevée surtout en période électorale.

Lexicologie: -RAMA, -ERIE

16/01/2012 11:39

Lexicologie : vers 1950, on a eu la vogue renouvelée (cf. Le Père Goriot) des mots en -rama, avec le développement des « grandes surfaces » ; restent « Conforama » et « Castorama », mais on a connu des « discoramas » et des « photoramas ». Puis, avec la vogue des « cafétérias » sont apparues des « chausserias », sans parler des « pizzerias » ou « pizzérias » partout répandues, et l’inattendu « criqzzéria » aperçu sur ma route (où l’on doit donner à manger des « criques », sortes de matefaims ou de «rapées», je crois). On en est aux finales en -erie, plus conformes aux usages français : sur le modèle de « boulangerie », « épicerie », etc. on a créé « bricaillerie », « vaissellerie », « carterie », « solderie », « bouquinerie », « pantalonnerie », « jardinerie » -désormais bien implantée-, « caravannerie » (sic), « meublerie », « bagagerie » -marque renommée-, « habillerie », « gosserie » -qui « habille les enfants de la naissance à dix ans »- « rhumerie », « chinerie », « tissuterie », « sandwicherie », « homarderie » (à Marseille !), « fouillerie », « coifferie », « d’jeanerie », « pagaillerie », « collanterie », et tous ces exemples qui ne constituent sûrement pas une liste exhaustive ont été relevés par moi sur des enseignes de magasins, ici ou là. A noter que si les couples anciens fonctionnent sur le modèle « boulanger/boulangerie » ou « poissonnier/poissonnerie », on chercherait en vain un *bricailler ou un *coiffier. 09.81. Nouveauté repérée sur la RN 7 : « Snack-bar - friterie - saladerie », qui tendrait à prouver que le suffixe -erie a pris, dans ces cas, valeur de « commerce de » ou « fabrique de ». 10.95. Plus curieux encore est la « vêtementerie » que je découvre comme une « opération » de récupération et de revente, à prix modique, de vieux vêtements. La mode en -erie continue à provigner et à prospérer. 11.95.
 

Impacter

15/01/2012 21:15

                 Une novation récente, « impacter » pour « avoir un impact, un effet sur… » 11.07. Le verbe devient transitif direct et on entend même « impacté » pour « touché par » : « les militaires seront impactés par cette décision. ». Je relève même un « produit aussi impactant » pour « ayant les mêmes effets ».06.09. Le terme est très en vogue ; une docteur en médecine déclare à la télé que « la région est impactée par des cas de rougeole » 04.11.

 

 

 

 

 

Communiquer

14/01/2012 11:39

« Causer » de nos jours se dit « communiquer », « échanger » ou « partager ». Autant avec un complément par « avec » ou « à » qu’avec un complément par « de » ou « sur ».  On échange avec quelqu’un  ou sur un sujet quelconque. Et même des groupes qui « conduisent la recherche pour eux-mêmes sont invités à partager au cours d’une série d’assemblées ». On décrit une pièce « où l’on peut échanger avec les parents »... Deux exemples particulièrement intéressants où les verbes sont employés absolument. [ Je relève, in Messages du Secours catholique 06.96 « Les jeunes ont besoin de rencontres entre eux (!) pour partager leurs expériences et leurs difficultés », où ‘partager’ réfère bien à des échanges verbaux. Un adhérent de Villages de Joie écrit que son voyage au Burkina Faso lui « a permis d’échanger avec Rouki, maman SOS » 05.99 ]. Curieuse substitution. Au XVIIème siècle, on disait encore volontiers « conférer », bien que « causer » commençât à se répandre, si l’on en croit les textes, moins fréquemment peut-être que « converser », qui veut dire d’abord « fréquenter » ; l’échange suppose la présence de celui avec qui l’on échange. Exemple du besoin qu’a la langue de se renouveler sans cesse, qui traduit aussi une modification de conception de « l’intercommunication ». Pascal écrivait, faisant écho à Montaigne : « On se forme l’esprit et le sentiment par les conversations, on se gâte l’esprit et le sentiment par les conversations. ». L’un et l’autre étaient attentifs aux risques du « cercle herméneutique » qui révèle l’importance du choix des interlocuteurs. Pascal concluait : « Cela fait un cercle dont sont bienheureux ceux qui sortent. » (Br. 6). De nos jours, l’important c’est d’ « échanger » ; on ne semble plus croire à la nécessité du choix. On est conquis par un relativisme universel : toute parole est équivalente, et chacun peut conserver ses certitudes ou son scepticisme. On cause pour causer, oubliant que, comme le signalait récemment un sociologue, dans la communication, contrairement à ce que l’on semble croire, ce n’est pas la production du message qui est importante, mais sa réception : « Ce qui compte, disait-il, c’est d’écouter »; pour échanger, il faut entrer dans la logique de l’autre. Voilà bien les carences du « partage » qui court le risque de sombrer dans le bavardage improductif. 11.95. Témoin ce dernier avatar de la « communication »: Le Monde du 29 août 2002 n’hésite pas à écrire : « Communiquant tout et son contraire, l’administration Bush n’a pas prouvé… » où il faut convenir que la « communication » n’est plus que bavardage. Mais quand on lit (Le Monde du 28 mars 2003) que « l’état-major (américain) est critiqué pour sa communication » on doit considérer qu’il s’agit d’une mise en cause des techniques d’information employées. Comme disait déjà Esope la langue est bien la meilleure et la pire des choses, elle crée le lien social et elle le détruit. (cf. La Fontaine, La vie d’Esope le Phrygien.). Ce qui explique qu’on puisse être « peu désireux de communiquer sur ce sujet » (Le Monde, 6.12.03), pour ne pas se faire piéger !
            « Communiquer » devient polyvalent et sert à exprimer toutes sortes de situations langagières, comme le montre cet exemple : « On ne communique pas assez sur les risques encourus ».03.04.
            On n’en est pas loin quand j’entends que « le gouvernement se contentera d’une communication, les décisions seront pour plus tard », propos où je comprends que le gouvernement se contentera d’afficher es intentions, manière de dire sans faire, pour plagier le titre de l’ouvrage d’Austin. 06.02. La connotation péjorative du terme se précise quand un ministre assure que la décision prise « n’est pas un fait de communication » mais bien une décision importante ! 11.08.02. Néanmoins quand la responsable d’une « manifestation commerciale » (autrefois on disait « foire » !) annonce « nous avons beaucoup communiqué », elle veut dire, je pense, qu’on y a enregistré nombre de « contacts » ; dans ce cas la « communication » est affaire commerciale. Politique, commerce, bavardage, tous les domaines de la « communication » moderne, et tous les aspects de la feinte verbale qui rapporte.12.02 Quand un responsable syndicaliste déclare (Le Monde, 13.09.03) : « Le gouvernement n’a aucune ligne directrice, il communique » je crois comprendre qu’il veut dire que le gouvernement « cause pour ne rien dire » ; la « communication » sombre dans le « flattus vocis ».
            Un éclairage nouveau sur la « communication » m’est fourni par un article de J.P. Fitoussi, dans Le Monde du 4 avril 2003 : « La communication consiste à sélectionner, parfois en les déformant, des faits, à leur adjoindre des allusions, des impressions, des sentiments ou ressentiments, pour que l’ensemble fasse système et serve un message. » Contrairement à « l’information » où « l’interprétation peut faire message, mais ce dernier ne préexistait pas dans l’intention des auteurs », « il s’agit (dans la communication) d’une manipulation » alors que dans « l’information » il s’agit  « du produit de la difficulté de déchiffrer le monde ». La « communication » serait donc une déformation orientée par une idéologie de la formalisation du réel ! En tous cas ; la « communication » est devenue la forme d’information du pouvoir ainsi que le manifeste cette déclaration d’un politique : « Il fallait une communication gouvernementale beaucoup plus rapide et beaucoup plus forte » (Le Monde, 16 août 2003). Il ne s’agit pas en l’occurrence d’un « communiqué » purement informatif mais bien d’une campagne sinon de « propagande » du moins de manipulation de l’opinion. Quant à cette information du Monde (27.04.04) « Renaud Donnedieu de Vabres annonce aux intermittents qu’il communiquera dans dix jours » pour « fera une déclaration » il faut bien constater la mort de la « communication » comme « échange ». Sans contestation sur le sens de « communiquer » cette occurrences entendue à la radio : « il s’agit d’informer (l’opinion) et non de communiquer ». 02.06. R.Solé, dans Le Monde  du 10.02.07 écrit : « « Communiquer » ne signifie plus entrer en relation avec quelqu’un, mais la conquérir, le séduire, voire le piéger. » C’est en tout cas le sens que le mot prend dans l’expression nouvelle, avec une apocope énorme, « faire de la com » qui équivaut à « baratiner » 05.07.

Sou

11/01/2012 12:09

Pascal qui, depuis ce matin, lit Germinal, vient me demander la valeur du sou. Quand j’avais son âge, un « sou », - pièce de monnaie percée -, était d’usage courant ; sa valeur faciale était de 5 centimes, et l’on parlait couramment de « dix sous », de « vingt sous » (1 franc), de « cent sous » (5 francs). Je me souviens que mon parrain, l’oncle de mon père, tirait pour moi de son porte-monnaie, une « pièce de vingt sous » à l’occasion de la « fête du faubourg » installée avec ses manèges de chevaux de bois sur le place du « champ de foire », à Roanne. On disait de même « livre » pour demi-kilo, expression qui perdure encore, mais aussi « demi-livre » et « quart de livre » : on demandait « un quart de beurre » chez l’épicier. Le « quintal » a disparu ; mon père se souvenait d’avoir entendu parler du « tientau » qui valait cent livres. Les mesures d’ancien régime ont eu la vie dure, et ont subsisté longtemps après la décision de la Convention d’instaurer le système métrique. Quand la « toise » et la « lieue » ont-elles disparu de l’usage ? 02.77.
            Août 2000 : jusqu’ici le mot « sous » pour désigner l’argent relevait du registre populaire ; « je n’ai pas le sou » équivalait à « je suis sans un ». Depuis quelque temps je remarque que dans les médias on entend facilement employer « sous » dans des assertions  du type ; « Pour réaliser ce projet il nous faudrait des sous », sans que le locuteur donne l’impression de vouloir parler « peuple ». Sans doute qu’est perdu le souvenir de ce que signifiait il y a un demi-siècle encore la « pièce de vingt sous » et le caractère de pauvreté qui l’accompagnait. Les mendiants ne demandent qu’une pièce de « dix balles »
 

Racines

10/01/2012 12:14

Epluchant des carottes, ce matin, il m’est revenu que, dans mon enfance, les vieilles gens parlaient de « racines » : « Je prépare pour midi un plat de racines », disaient nos voisines. Est-ce réminiscence linguistique du temps où les carottes n’étaient qu’une des espèces de racines comestibles dont se nourrissaient les pauvres, comme on le voit encore chez La Bruyère (Caractères, XI, 128). Brillat-Savarin parle encore, au siècle dernier, de « racines de carottes ». 05.76.