Sur (comme préfixe)

21/01/2012 12:28


            En entendant un journaliste prétendre qu’« en surréagissant à un mot » la Bourse s’est effondrée hier, je note que « sur-»  est un préverbe à la mode qui donne nombre de néologismes où il note une exagération qui connote une condamnation. Au départ, et dès le moyen-âge, il notait un ajout, un superlatif, sans nécessaire connotation péjorative comme dans « surabondance » au XIVème siècle, « surcharge », « surestimer » au XVIème et XVIIème siècles, « surexploiter » au début du XXème. La connotation devient actuellement nettement péjorative : « surréagissant » insiste sur le trop, le mal. « Sur-» tend à exprimer l’outre mesure comme dans le « surendettement » qui est daté des années 80. Le « surencombrement des tribunaux » ne serait-il pas pléonastique ? 02.04. Et quant à la « surmortalité » constatée l’été dernier c’est, en sourdine, accuser la carence hospitalière, car on n’a pas constaté de « sousmortalité » dans les mois suivants (radio, 20.02.04). Appréciation justifiée par l’emploi dans le même bulletin d’information par la « surmortalité des abeilles » attribuée à un insecticide. L’aspect euphémique apparaît dans « surpoids » dit pour « obésité ». Mais je me demande ce que peut être une « surconscience linguistique » dont parle une universitaire québécoise (le Monde 14.03.04). Et pourquoi dire, comme le médecin que j’entends ce matin (16.05.04) à la radio, que des patients « surréagissent » au lieu de « réagisssent davantage » ou « plus vite » ? Ou parler de « portions surdimensionnées » (Le Monde, 21.05.04) au lieu de « portions trop grosses » ou « trop abondantes » ? Je tends à penser, là encore, à une influence de l’anglais qui connaît bien ce préfixe « over »  comme dans « overfeed ». Je suppose que l’origine de cette intrusion pourrait venir de la transcription de l’anglais « overdose » passé en françias sous la forme « surdose » (« Surdosage » est daté de 1965, « surdose » de 1985 par Le Petit Robert). Et preuve de la fécondité vivante de ce suffixe, cette occurrence relevée dans le Nouvel-Obs du 24.06.04 : « On trouvera peut-être qu’il surjoue le personnage de bon père-bon époux... ». (Quand un responsable du P.S. dit d’un de ses camarades  qu’il « est comme des grands acteurs ; parfois il surjoue » (Le Monde du 22/23.08.04), il s’agit bien d’une critique !). Cette autre dans Le Monde du 13.08.04 : « L’institution éducative a surréagi dans cette affaire » pour « a réagi de façon exagérée ou inappropriée ». Et dans Libé (4.11.04) au sujet de W.Bush : « Une image de simplicité surjouée ». J’entends le lendemain qu’une étude vient d’être rendue publique à propos des « surprescriptions » médicales où le préverbe s’entend bien comme exprimant un abus. Une note de la Société générale annonce un « objectif de sur-performer un indice de référence » ! (11.04) On vient d’inventer un appareil destiné à donner une « alerte de survitesse » aux motos (pour « vitesse excessive »). Un mot très à la mode « être surbooké » signifie « être surmené ». 07.05. Un auditeur, sur Europe 1, parlait, ce matin (7.08.05) de « lagunes sursalées » qui hébergent des flamands roses. Dans le Nouvel-Obs du 11 août 2005, ce titre étonnant « Gare à la surpêche ». Mais je trouve avec surprise dans un texte de W.Jankélévitch qui pourrait avoir cinquante ans « l’avantage de la surconscience » et « sur-appréciation » (sic). Ce matin, 19 août 2005, j’entends à la radio une information parlant de « chercheurs surdiplômés ». Et aujourd’hui, 17 septembre 2005 de « surprofits » des pétroliers : péjoratifs ou mélioratif ? Le bulletin de la Prévention routière de septembre 2005 annonce qu’il convient de chercher à « comprendre le sur-risque » que représentent « les 15-24 ans dramatiquement sur-représentés dans les accidents de la circulation. »  Et voici que Le Monde (25.10.05) nous parle d’un « dispositif de surlogement » dans les HLM !? Il s’agit d’un « supplément de loyer ». De son côté, une historienne, dans un « docu » télévisuel nous apprend que les paysans ont été « surmobilisés » en 1914 par rapport à l’ensemble de la population française. 7.11.05. Et je lis dans La Vie (janvier 2005) que les Bretons « ont surinvesti l’école » que je crois comprendre comme « ils ont donné une importance exagérée à… » Et ce matin (7.04.06) j’entends parler à la radio de « surconsommation » d’essence entraînant des « surcoûts » dommageables. On dit que certains poissons « sont surpêchés » (télé,10.10.06) et qu’il ne faut pas les « faire surcuire » (télé, 31.07.11) ou « les surcuire » (ibid°) 14.08.11)
            La fécondité de ce préfixe continue. Je lis dans Le Nouvel Observateur  (22/28.11.07) : « Ils donnent l’impression de surjouer leur révolte ». Le lot est à la mode : on parle de candidats politiques rivaux  qui « surjouent l’unité »  ou « l’apaisementt » 08.11.  On entend même « surpayer » pour « payer trop cher ». 02.09. Et voici qu’un coureur automobile a eu un accident pour avoir « surcouru » dans un virage ! Radio, 6.07.08. Que veut dire le journaliste qui évoque la « crainte d’une suravalanche » ? une nouvelle ou une exceptionnelle ? 08.08 Un responsable hospitalier déclare que les actes médicaux sont « survérifiés » ! 01.09. Et j’entends parler de « surconfiance » pour « confiance inconsidérée ». Europe 1, 30.10.09. Et je lis dans le supplément du Nouvel Obs (13/20.11.09) « le documentaire surutilise ces artifices. » Encore sur Europe 1 on parle d’un emprunt qui a été « sursouscrit ». 28.11.09.
             Et plus innovant, j’entends annoncer un « suraccident » routier… 03.09.
Le « surendettement » est un terme passé dans le parler officiel depuis une vingtaine d’années, mais j’entends ce matin (21.10.05) un avocat le doubler par « mal-endettement » qui est une autre novation préfixale introduite par « le mal-vivre » (inconnu du Petit Robert de 93) et, plus récemment par « mal-logement », dérivé de « mal-logé », sur le modèle de la « mal-bouffe » qui, lui, n’est pas greffé sur « mal-nourri ».